[dossier]Fantasyland

La conception. – De tous, Fantasyland est probablement le land le plus emblématique de Disneyland ; le seul endroit presque exclusivement dédié aux films d’animation qui firent la réputation de Walt Disney ainsi qu’aux contes et légendes européennes qui les inspirèrent. Pourtant présente sur le plan de Disneyland dès 1955, cette zone subit de nombreuses mutations depuis sa conception initiale. À l’époque, Fantasyland n’était qu’une sorte de foire médiévale dans laquelle s’enchevêtraient tentes aux couleurs criardes, fanions et écussons, le tout enceint d’une muraille de château fort. Néanmoins, Walt avait en tête une vision différente du land. Il souhaitait que les visiteurs puissent flâner dans un village aux airs bavarois, en harmonie avec le Château de la Belle au bois dormant, inspiré du château de Neuschwanstein en Bavière. Malheureusement, les crédits financiers de WED ne permettant un tel investissement, ce thème ne fût pas retenu et les tentes firent leur apparition. Toutefois en 1982, les imagénieurs eurent le loisir de revoir la copie de leurs glorieux aînés. Ouvrit ainsi en 1983, près de trente ans après l’ouverture de Disneyland, New Fantasyland, mettant en scène le village bavarois tant escompté.

Quelques années plus tard, l’occasion était trop belle. La construction d’un parc Disneyland en Europe justifiait amplement un approfondissement de ce thème et la Convention signée avec l’Etat français stipulait, de plus, de faire la part belle à la culture française et européenne. Tous les éléments étaient ainsi réunis pour faire de ce Fantasyland le plus beau et le plus original de tous. Les imagénieurs imaginèrent alors de diviser le land en quartiers, à l’instar d’Adventureland, chacun dédié à l’un des pays natal des contes de fées.

France. – Le quartier français est sans aucun doute l’un des plus importants de Fantasyland. Non seulement car il met en scène le pays hôte du parc, mais aussi car la France est la patrie des contes de fées et de Charles Perrault pour ne citer que lui. On y trouve tout d’abord le Château de la Belle au bois dormant mais aussi le Carrousel de Lancelot, l’épée du Roi Arthur, l’Auberge de Cendrillon, les boutiques Sir Mickey’s et la Ménagerie du château ainsi qu’une attraction sur la Belle et la Bête – hélas non construite.

L’architecture des environs de l’Auberge de Cendrillon, d’après le conte de Charles Perrault , n’est pas sans rappeler les Châteaux de la Loire (XVème et XVIème siècle). Les murs sont composés de briques blanches, tandis que les toits de tuiles arborent des teintes bleu foncées. Les tours sont ponctuées par des sommets pointus et les façades jonchées de larges fenêtres élégantes pour les étages inférieurs, et de fines ouvertures pour les étages supérieurs, typiques de la période de la Renaissance, marquant une douce rupture avec le tout guerrier médiéval. Autre symbole de la finesse hexagonale, les jardins à la française sont mis à l’honneur dans l’espace béant qu’aurait du occuper l’attraction La Belle et la bête, à travers une plantation de haies où règnent les principes du jardin classique : symétrie, triomphe de l’ordre sur le désordre, du réfléchi sur le spontané, de la culture sur la nature sauvage.



(1) et (2) Détails de la façade de l’Auberge de Cendrillon (3) Détails du château d’Azay-le-rideau (4)) Château d’Ussé

Toutefois, les boutiques adjacentes à l’Auberge de Cendrillon – Sir Mickey’s et la Ménagerie du château – rompent avec l’architecture raffinée de la Renaissance française, pour revenir à un style plus médiéval mais surtout plus fantaisiste, à l’image de l’univers dépeint dans les courts-métrages de Walt Disney. On y retrouve le thème du moyen-métrage Mickey et le haricot magique (1947) par l’intermédiaire du haricot qui s’érige devant la boutique, rappelant la séquence du film où celui-ci grandit durant la nuit. Par ailleurs, la statue de Dingo dans la Ménagerie du château renvoie au court-métrage Chevalier d’un jour (1946) le mettant en scène dans un épique tournoi de joute tandis qu’une enseigne discrète fait référence au court Le Brave petit tailleur (1938). Bien que la plupart soit inspirés de contes anglais ou allemands, les courts-métrages Disney se déroulent généralement dans des temps immémoriaux, influencés par l’Europe médiévale, sans aucune autre indication géographique, ce qui justifie leur emplacement au cœur du quartier français.



(1) Détail du jardin à la française (2) Le brave petit tailleur (3) Le haricot magique à Disneyland (4) Charles Perrault

Le centre de Fantasyland fait référence au cycle de la Table ronde, sans doute la plus célèbre des épopées moyenâgeuses à travers les attractions le Carrousel de Lancelot et l’épée du Roi Arthur. L’épée d’Arthur justement, présente dans le film d’animation Merlin l’enchanteur (1963), rappelle comment Arthur est devenu roi : Alors que la Bretagne était divisée et sombrait dans le chaos après la mort du roi Pendragon, la légende proclame que cette discorde ne prendra fin que lorsque le grand roi des bretons brandira Excalibur, une épée magique figée dans la roche devant le château par Merlin. Si l’intrigue du film se déroule dans l’Angleterre médiévale, il n’est pas établi que la légende s’y déroule réellement ; celle-ci étant d’origine bretonne et celtique au sens large, englobant ainsi les îles britanniques mais aussi la Bretagne française. Le Carrousel quant à lui dépeint, à travers différents tableaux, des scènes des contes de la Table Ronde et de l’histoire de Lancelot du lac.



(1) Le Carrousel de Lancelot (2) et (4) Détails du Carrousel de Lancelot (4) L’épée d’Arthur

Bien que ces trois zones soient finalement assez dissemblables architecturalement, certains éléments récurrents permettent de les identifier, particulièrement le motif de la fleur de Lys, emblème du roi de France, présent dans les finitions des bâtiments mais aussi sur les barrières qui entourent les jardins devant et derrière le Château, s’étendant ainsi jusqu’à Central Plaza d’une part et Fantasia Gelati d’autre part.

Le quartier germanique. – La zone germanique est représentée face à la zone française. Elle se compose des dark-rides Les Voyages de Pinocchio et Blanche-neige et les sept nains, des boutiques La Chaumière des sept nains, La boutique de Geppeto et s’étend jusqu’au restaurant Le chalet de la Marionnette. Berceau des contes, l’Allemagne a vu naître les frères Jacob et Wilhelm Grimm , linguistes de leurs états, qui furent parmi les premiers à retranscrire par écrit des contes de tradition oral européens, permettant leur popularisation. Parmi eux, Cendrillon, La Belle au bois dormant, Le petit chaperon rouge (tous trois des versions différentes de l’œuvre de Charles Perrault), Hansel et Gretel, Tom Pouce, Raiponce, Le vaillant petit tailleur, ou encore Blanche-neige.

A proximité du château, le quartier de Blanche-neige justement, nous transporte dans une région frontalière de la France, la Forêt-Noire. Selon divers analystes, cette région serait le théâtre des contes des frères Grimm. Les bâtiments y arborent un style architectural roman assez fin, reprenant les lignes de châteaux médiévaux, mêlé à des influences rappelant les maisons médiévales et parsemé de quelques touches gothiques. Les étages supérieurs des bâtisses (et notamment la tour à l’entrée de l’attraction) exhibent quant à eux un style typiquement régional présentant des façades caractéristique des constructions à colombage, que l’on retrouve également dans l’est de la France. Cet enchevêtrement de styles architecturaux anachroniques révèle parfaitement la volonté d’intemporalité dans le médiéval disneyen – aussi bien dans les films qu’ici dans les parcs ; la représentation d’une période historique dans sa diversité, en outrepassant les contraintes historiques et spatiales, dépeignant assez un monde fantaisiste offrant plus de liberté à la narration du récit.



(1) Façade de Blanche-neige et les sept nains (2) Maison à colombage en Alsace (3) Les Frères Grimm

À côté de Blanche-neige se trouve l’attraction Les Voyages de Pinocchio. Tout comme dans le film, l’univers recréé ici est celui des chalets bavarois et tyroliens que Walt affectionnait tant. Bien que le conte original de Carlo Collodi soit d’origine italienne, les animateurs des studios Disney firent le choix de le transposer dans des décors rappelant le sud de la région germanique. Ce choix se fit sous l’impulsion de Gustaf Tenggren, un artiste européen ayant une connaissance approfondie de son continent natal, qui fixa l’ambiance générale du film au travers d’une dizaine d’esquisses préliminaires. Dans le parc, ces influences se traduisent par une omniprésence du bois, tant pour la charpente de la structure que pour les ornementations (balcons, cadres de fenêtres, etc.) ; ce qui n’est pas sans rappeler la profession Gepetto, dont l’atelier a ici été converti en boutique ; un artisan ébéniste passionné de pantins, de marionnettes et de mécanique. Il est d’ailleurs curieux d’observer un clin d’œil aux origines transalpines du conte dans le nom de cette échoppe : La bottega di Geppeto (la boutique de Geppeto). Les sommets de clocher en as de pique sont eux inspirés de l’architecture européenne orientale tel qu’on peut en voir à Augsbourg ou encore en Pologne et en Russie.



(1) La Boutique de Geppeto (2) Détail (3) Clocher à Augsbourg (4) Carlo Collodi

A travers ses deux zones distinctes, la quartier germanique se distingue par un voyage d’ouest en est, mettant d’abord en scène un espace inspiré de la région de la Forêt noire, berceau des frères Grimm, puis un secteur davantage influencé par des contrées situées plus à l’est, tel la Bavière et le Tyrol comme dans le new Fantasyland à Disneyland.

Italie. – Le quartier italien, porte est de Fantasyland, abrite le restaurant Bella notte et Fantasia Gellati. Clin d’œil à la célèbre séquence du dîner de La Belle et le clochard (1955), la pizzeria Bella notte arbore un style architectural rappelant les campagnes de Toscane. Les teintes des bâtiments sont plutôt chaudes et les toits, faits de tuiles en ardoise et en terre cuite, présentent de faibles inclinaisons typiques des régions méditerranéennes. Les façades sont recouvertes elles d’une couche de torchis que le temps mit à mal, laissant par endroit la pierre nue, apportant une touche d’authenticité à l’ensemble. La végétation du quartier, de son côté, renvoie à celle du climat méditerranéen, entremêlant conifères, lavandes et maquis, parmi les seules espèces végétales capables de survivre dans un environnement si sec ; tandis que les balcons arborent jardinières fleuries, vignes grimpantes et glycines. Pour compléter ce cadre bucolique, on notera l’omniprésence des grappes de raisins (façade du Bella Notte, lampadaires) qui témoigne de la tradition viticole de la région toscane, patrie du Chianti.



(1) Entrée du quartier italien (2) San Gimignano (3) Façade du Bella Notte (4) Détail

Mais que serait l’Italie sans ses monuments notoires ? L’inclinaison de l’entrée du Bella notte et de la tour jonchant le Fantasia gellati n’est pas sans rappeler la célèbre tour penchée de Pise, dont l’instabilité du sol cause son irrémédiable chute. Autre symbole de l’Italie, Venise n’est pas non plus en reste. Les lampadaires de la zone arbore des spirales inspirées des mâts blancs et rouges (ou blancs et bleus) servant à amarrer les gondoles des canots de la cité vénitienne. Enfin, l’architecture de l’entrée du land est fortement influencée par les cités médiévales de San Gimignano et de Sienne, des véritables forteresses de pierres aux accents italiens.



(1) Tour penchée de Fantasia Gelati (suivant l’angle) (2) Tour de Pise (3) Lampadaire (4) Quai de Venise

En face d’It’s a small world, le stand de glace du Fantasia Gellati rend lui hommage à l’une des spécialités de l’Italie : les crèmes glacées, dont l’excellence et la multitude des parfums feraient pâlir même les moins gourmands des touristes. Les maisons de glace y sont d’ailleurs nombreuses à autoproclamer leurs produits « Meilleure glace du monde ». Le concurrent le plus sérieux d’entre eux se demeure à San Gimignano et mérite à lui seul le voyage. Mais passons cet intermède culinaire pour revenir au thème du quartier. Inspirée de La Symphonie pastorale, scène du long-métrage d’animation Fantasia (1940), la fresque située derrière les comptoirs représente la vie sur l’Olympe et notamment Bacchus (dieu romain du vin) entouré d’angelots et de divers créatures mythologiques. Après tout, comment dépeindre la culture italienne sans s’attarder sur sa mythologie antique, qui fit sa renommée ?



(1) Bacchus dans Fantasia (2) Bacchus par Peter Paul Rubens (1638-40)

Le quartier britannique. – Séparé du reste de Fantasyland par une rivière remémorant la Manche, le quartier anglais s’étend de Peter Pan’s flight à Alice’s curious labyrinth en passant par Toad Hall. Bien que plus récente que ses comparses européens, la littérature britannique n’en a pas moins inspiré de grands classiques de Walt Disney. D’ailleurs, bon nombre de ces derniers voient leur intrigue se dérouler à Londres (Mary Poppins, Peter Pan, Les 101 dalmatiens, Basil détective privé, etc.).

Situé à côté d’Adventureland où barbote la frégate du capitaine Crochet, la zone Peter Pan met justement en scène la célèbre capitale anglaise. De façon plutôt inattendue il est vrai. Bien que ce quartier conserve certaines des caractéristiques architecturales de son voisin germanique (omniprésence du bois, constructions à colombage), on peut y trouver certains clins d’œil assez subtils à la cité londonienne. Par exemple, le clocher qui fait office de sortie pour l’attraction Peter Pan’s flight, rappelle assez aisément le célèbre Big Ben, du Palais de Westminster. Plus subtil encore, on peut constater que les bâtiments longeant la file d’attente sont les seuls du land à présenter jusqu’à trois étages, symbole de l’urbanité et de la grandeur de Londres. Le reste de Fantasyland, en effet, est plutôt dédié à des univers fantaisistes et ruraux, ou du moins modérément urbain, instaurant une certaine intimité de par son architecture. Le tableau londonien ne devait donc pas juré avec cette familiarité ; sa représentation est donc fine et dépeint un Londres fantaisiste tel qu’il aurait pu exister à une époque antérieure.



(1) Clocher de Fantasyland (2) Big Ben (3) Façade de la file d’attente de Peter Pan’s flight

Par opposition à l’urbanité londonienne, Toad Hall restaurant évoque les cottages anglais de par son architecture, ces banlieues rurales ou semi rurales illustrant généralement le charme de la vie dans la campagne anglaise. Toad Hall restaurant est tiré du moyen-métrage La mare au grenouille issu du film composite Le Crapaud et le Maître d’école (1949) inspiré du roman Le vent dans les saules (1908) de Kenneth Grahame . On peut y déguster de fameux fish’n chips, une savoureuse spécialité locale, dans un cadre typiquement anglais. Le bâtiment est la réplique quasi-exact de la façade du dark-ride Mr Toad wild ride à Disneyland. L’intérieur quant à lui est consacré aux campagnes anglaises avec spécialement une mise à l’honneur de la chasse à courre, pratique très convoitée des aristocrates anglais. On y retrouve ainsi de nombreux tableaux illustrant des scènes de chasses, mais aussi des trophées et des enseignes en bois telles qu’on en trouve dans les îles britanniques. So british!



(1) Toad hall restaurant (2) Détails de l’intérieur (3) Détail d’un tableau de chasse à courre

Autre spécificité britannique, les jardins à l’anglaise ne sont pas oubliés. Alice’s curious labyrinth plonge les visiteurs dans un dédale de haie impeccablement taillées mais assez désordonné. Toutes les caractéristiques du jardin à l’anglaise sont en effet propices à la réalisation d’un labyrinthe. D’une part, la conception de ces jardins est irrégulière, elle présente des chemins tortueux et une fausse impression de non domestication de la végétation et du terrain. D’autre part, l’itinéraire n’est pas balisé, contrairement aux jardins à la française, ce qui laisse une grande part à la surprise et la découverte. En somme, le cadre idéal pour un labyrinthe. Œuvre majeure de la littérature enfantine anglaise, Alice au pays des merveilles (1865), de l’écrivain Lewis Carroll , adapté par les studios Disney en 1949 dans un long-métrage d’animation éponyme, inspire une seconde attraction dans le parc. Grand classique de Fantasyland, présent dès l’ouverture du premier parc en 1955, Mad hatter’s tea cup entraîne les visiteurs dans une folle représentation de la scène du thé chez le Chapelier toqué et son ami le Lièvre de Mars. Finalement, comment une représentation de l’Angleterre aurait pu se passer du symbole du savoir-vivre anglais : le thé ? It’s tea time !



(1) Alice’s curious labyrinth (2) Concept art d’Alice’s curious labyrinth (3) Détails (4) Mad hatter’s tea cup de nuit

Le Nord du land. – Initialement point de restauration puis transformé en attraction en 1994, Les Pirouettes du vieux moulin, inspiré du court-métrage Le Vieux moulin (1937) rend hommage selon ses créateurs au Benelux (Belgique, Pays-bas, Luxembourg), région réputée pour ses moulins à vent. Ajouté la même année, Le pays des contes de fées rend hommage aux contes européens dans son ensemble, permettant de dépeindre des œuvres et des pays non représentés dans le reste du land : Hansel et Gretel, La Petite sirène (Suède), La Belle et la bête, Pierre et le loup et Nuit sur le mont chauve (Russie), Le Magicien d’Oz, Raiponce, etc.

Enfin, grand classique des parcs Disney, It’s a small world trône majestueusement au fond du land. Hymne à la fraternité et l’avenir des générations futures, elle entraîne le visiteur dans une croisière paisible à la découverte de toutes les cultures du monde au rythme de la mélodie des frères Sherman. Conçu pour le pavillon Unicef, à la demande de Pepsico, pour la Foire internationale de New York de 1964-65, elle a depuis été dupliquée dans tous les parcs Disneyland du monde – et prochainement à Hong-Kong Disneyland. Sa façade inspirée de l’œuvre originale de Mary Blair, en charge du projet, représente toutes les influences architecturales et les principaux monuments du globe. On peut pêle-mêle y distinguer diverses influences romanes, gothiques, médiévales, japonaises, chinoises, moyen-orientales, grecques, indiennes, victoriennes, etc. ainsi que des monuments bien connus :



Tower Bridge, Londres (Angleterre)



Big Ben, Londres (Angleterre)



Parthénon, Athènes (Grèce)



Golden gate bridge, San Francisco (USA)



Tour de Pise, Pise (Italie)



Tour Eiffel, Paris (France)

Le Château de la Belle au bois dormant. – Le principal challenge dans l’européanisation du parc fût la réalisation du château. Comment rendre dépaysant un monument dont on peut voir les influences à moins d’une heure de Paris, et partout dans l’Europe ? Les châteaux des parcs américains, inspirés du Château de Neuschwanstein en Bavière et des châteaux de la Loire, ne posèrent pas ce problème dans la mesure où il n’existe aucun château de ce genre sur le territoire américain. Tony Baxter l’avait prédit, il va falloir revoir les règles afin d’affirmer une certaine crédibilité vis-à-vis de l’héritage européen.

Pour cela, différents concepts furent étudiés ; du château de sable géant à la tour futuriste en hommage aux visionnaires européens, les possibilités se révélèrent aussi multiples qu’infructueuses. Finalement, l’idée d’un château de conte de fée, d’un monument fantaisiste s’imposa d’elle-même. Pour réaliser ce qui deviendra l’emblème du parc, les imagénieurs s’inspirèrent de nombreux éléments singuliers existants dans l’architecture européenne. Pour commencer, la forme globale du château reprend celle du Mont Saint Michel : une allure pyramidale qui donne l’impression que l’édifice sort de terre afin de tendre vers un ciel grisâtre que pourfend la plus haute flèche de la plus haute tour. Le flanc gauche de la forteresse est d’ailleurs directement encastré dans la montagne dans une relation quasi-organique. Ce lien entre la terre et le château tend à rendre indissociable le rapport entre les contes de fées et l’Europe, berceau de ceux-ci et patrie des Frères Grimm et de Charles Perrault pour ne citer qu’eux.



(1) Château de la Belle au bois dormant (2) Mont Saint Michel (3) Concept de tour futuriste développé par Tim Delaney – show producer de Discoveryland

Le Château de la Belle au bois dormant met également en scène de multiples détails, chacun inspirés des particularités d’édifices français – et européens. Par exemple, la coupole de vitrail est inspirée de celle du Château de Chambord (XVIème siècle). Sur les tours et les étages des ailes, les petites fenêtres ont été adaptées de celles du Château de Chaumont (XVème siècle). Ces petites ouvertures tranchent radicalement avec les larges baies vitrées qui firent leur apparition durant la Renaissance et témoignent de la persistance de l’influence des châteaux forts médiévaux, typiques des édifices du XVème siècle. Les colonnes en forme d’arbres ont quant à elles fait l’objet d’une attention toute particulière, Tony Baxter et Tom Morris – show producer de Fantasyland – voulant quelque chose d’unique que les visiteurs auraient l’impression de ne jamais avoir vu auparavant. Ils ont ainsi puisé leur inspiration dans l’église Saint Séverin à Paris (XVème siècle) et ont donné vie à ces « arbres » et s’inspirant des tapisseries médiévales exposées au musée de Cluny. Enfin, les excroissances de la plus haute tout du château empruntent leur caractère singulier au Château d’Azay-le-rideau (XVIème siècle) dont chaque angle du bâtiment est orné d’une tourelle de la sorte.



(1) Fenêtre d’une tour du château (2) Château de Chaumont-sur-Loire (3) Détail d’une colonne (4) Colonne de l’Eglise Saint Séverin



(1) Excroissance de la tour principale (2) Château de l’Azay-le-rideau

Mais ce château serait-il si magique et élégant sans ces touches dégradées d’or sur ses tours ? Cette idée provient de l’œuvre Les Très riches heures du Duc de Berry que I.M. Pei, l’architecture de la pyramide du Louvres a conseillé aux imagénieurs. Cet ouvrage aux gravures et aux enluminures magnifiques fût d’ailleurs l’une des principales inspirations graphiques à l’époque de la réalisation du long-métrage d’animation La Belle au bois dormant (1959).



(1) Tours dorées du château (2) Extrait des Riches heures du Duc de Berry (mois d’Avril)

La construction du château fût déléguée à toute une myriade d’artisan européen, chacun dans leur spécialité. La réalisation des vitraux dépeignant la scène ou Maléfice lance sa malédiction contre Aurore, a été prise en main par l’un des plus grands spécialistes du vitrail, Paul Chapman, qui sortit de sa retraite spécialement pour l’occasion. Il confiera à ce propos à Tony Baxter que ce qui lui plut dans le projet était le challenge de réaliser des oeuvres moins solennel que celles des églises auxquelles il avait dédié sa vie. Parallèlement aux vitraux, l’histoire est également mise en scène par le biais de neuf tapisseries d’Aubusson, d’uniques œuvres d’art. Uniques ? Pas vraiment en fait… Lorsque les premières tapisseries furent terminées, Tony Baxter en tomba littéralement amoureux. Il demanda donc à Tom Morris combien cela lui coûterait d’en faire commander une supplémentaire pour décorer son salon. Ce dernier lui répondit que c’était totalement impossible et que ce n’était même pas la peine d’y penser. Mais lors d’une grande fête organisée à la fin de la construction du parc, Bob Fitzpatrick, alors PDG d’EuroDisney S.C.A., confia à Tony qu’il avait un petit quelque chose pour lui et déroula avec l’aide de Tom Morris… une copie exacte de la tapisserie contant la scène du dragon ! Il l’offrirent à Tony Baxter, à sa grande surprise, en remerciement du formidable travail qu’il effectua durant ces années. La tapisserie trône soigneusement depuis dans son salon.



La tapisserie chez Tony Baxter[/dossier]